Il y a 10 ans, Leela lançait son tout premier album «Attache-moi», réalisé par Navet Confit, au studio personnel de l’artiste situé alors dans le célèbre quartier du mile-end à Montréal. Un album électro-pop, autour de l’intimité et la féminité à redécouvrir et savourer.
Leela obtient une bourse du Conseil des Arts du Canada pour écrire et composer 12 nouvelles chansons. Elle sera accompagnée de Manuel Gasse, comme aide à la composition ainsi que des musiciens André Papanicolaou, PE Beaudoin, Cédric Martel et Vincent Gagnon pour la création des arrangements.
Table métal fleur pluie : mais… «Que c’est ça?!!» Table métal fleur pluie est un bricolage sonore que j’ai fait à partir de bruits de criquets et d’un boite à musique trouvés dans une banque de son, ainsi que d’une liste de saisie.
A cette époque, j’étais réceptionniste à Montréal pour une société de production audiovisuelle et parmi les tâches que j’avais à faire, il y avait l’archivage d’images. Cela consistait à saisir, dans un tableau Excel, le nom des images ainsi que leur «time code» de début et de fin (minutage auquel l’image apparait et disparait pour ceux qui ne sont pas familier avec la notion de time code).
Malgré l’aspect routinier de la tâche, l’artiste en moi n’a pu s’empêcher de voir la poésie des mots que je devais saisir. J’ai décidé de prendre cette liste et d’en faire un genre de poème sonore. Pour moi c’était un exercice qui me permettait d’exprimer l’absurdité de la tâche répétitive que j’avais à faire dans le cadre de mon travail, et aussi le fait que je ne me sentais pas tout à fait bien dans cet emploi.
Par extension, cette pièce est aussi une réflexion sur la place de l’artiste dans la société et sur le temps qui passe.
Vague à l’âme… De quand date cette pièce? 2016, si j’en crois la date de création du fichier dans mon ordinateur…. Je me souviens, j’habitais rue Saint-Zotique à Montréal, dans un immense demi-sous-sol assez lumineux ou peut-être avais-je déjà migré vers les quartiers de Saint-Michel?
Dans tous les cas, cela me rend nostalgique des belles rencontres nourrissantes et épicées qui viennent avec la vie montréalaise. Vague à l’âme c’est une session d’improvisation avec deux êtres merveilleux : Joëlle Saint-Pierre, femme artiste d’exception et Sébastien Lafleur, grand enfant dont la démarche artistique farfelue et unique m’a toujours inspirée une grande tendresse.
Nous nous étions réunis dans le salon de la maison des parents de Joëlle, ou elle demeurait à l’époque ; je suis arrivée avec un texte et un accord. Joëlle s’est installée au piano et Sébastien à la guitare Ebow (appellation désignant un archet électronique). J’ai planté un ou deux micros quelque part dans la pièce et y ai déclamé mon texte alors qu’ils improvisaient.
J’ai récupéré le tout et j’ai ensuite enregistré des voix par-dessus (le texte ainsi que les voix chantées et chœurs). C’est ça qui donne ce drôle d’effet de voix superposées et décalées car la voix originale, qui servait à diriger la session d’improvisation, a été captée par le micro de la guitare, donc on l’entend en arrière. A l’époque je n’y connaissais rien en prise de son et c’est tant mieux, car j’adore le résultat et je pense même renouveler le procédé, mais cette fois-ci de façon intentionnelle !
Finalement j’ai retravaillé le tout en avec Antoine-Létourneau Berger en janvier 2020, grâce au soutien de culture Bas-Saint-Laurent, nous y avons ajouté une couple de bébelles comme du vibraphone à l’archet et de l’harmonium, nous avons aussi travaillé le mixe ensemble.
La dernière étape a été réalisée en novembre 2020 au Wild studio, où j’ai profité de l’occasion pour ajouter plusieurs couches de violoncelle (archet, pizzicato, colonio, bruits de vagues, etc.) et c’est le merveilleux Ghyslain-Luc Lavigne qui a mixé le tout au printemps 2021!
Tout un voyage sonore pour une pièce dont la création s’est échelonné sur 6 ans! Très heureuse de la partager avec vous, enfin! Cette pièce est assez sombre, mais j’ai décidé de lui faire une place, comme un hommage à nos noirceurs pour ceux qui sont capables de l’envisager. Le texte a été écrit d’une traite et n’a jamais été retouché.
A quand remonte cette chanson? Et bien je suis allée voir dans mes fichiers et vraisemblablement : 2014 !!! Oui, c’est bien cela il y a 8 ans !!! Ce petit trésor a été rescapé après toutes ces années!!! C’est quasiment un miracle!
Écouter la pluie a été composée à Montréal dans mon appartement sur la rue Masson, lors d’une journée pluvieuse. Elle parle de ma relation avec mon processus créatif, fragile et pourtant essentielle et précieuse. A ma demande, ma chère amie Joëlle Saint-Pierre avait improvisé une magnifique piste de piano pour habiller le silence que je voulais déposer à la fin de la pièce.
Et puis j’ai décidé de la confier à un autre auteur pour relecture et celui-ci m’a dissuadé de la poursuivre, car selon lui le sujet n’était pas assez pertinent. Je l’ai cru et je l’ai abandonné dans le fond d’un disque dur pendant presque 6 ans! Et au printemps 2020, alors que j’étais en plein déménagement, je suis retombée dessus par hasard.
A la première écoute je me suis tout de suite aperçue que la chanson fonctionnait très bien et qu’elle était presque finie! J’ai tout suite identifié ce qui clochait : c’était la musique des couplets. J’ai donc fait légèrement modifié les lignes de guitare des couplets, et hop, elle était prête, tout du moins écrite.
Par la suite j’ai rapatrié tous mes fichiers au wild studio à Saint-Zenon, où j’ai réenregistré la guitare et ajouté du violoncelle. On a réussi à garder la piste de piano originale que Joëlle avait faite. Le tout a été mixé par le talentueux Ghyslain-Luc Lavigne au printemps 2021, lui donnant ainsi sa touche finale mystérieuse et atmosphérique.
Tokyo a été conçue dans un atelier d’écriture dirigé par Monsieur Michel Rivard et auquel j’ai eu l’immense privilège de participer. Il nous avait donné pour consigne de commencer la chanson par «J’entendais impuissant le chant des grands oiseaux». J’ai tout de suite pensé à mon grand père que j’avais perdu il y a de nombreuses années et dont je n’arrivais toujours pas à fait le deuil. Alors j’ai imaginé ce personnage, seul à Tokyo, qui apprenait le décès d’un être cher, loin de chez lui. Avec cette chanson, j’ai voulu décrire la relation bien vivante que nous entretenons avec nos proches, après leur mort.
Au départ, j’ai composé cette chanson tout seule chez nous, suite à l’exploration de tous les instruments virtuels de mon logiciel d’enregistrement. Je me suis aussi amusée à aller chercher des captations sonores d’un quartier de la ville de Tokyo dans une banque de son. Et puis j’ai oublié cette version et j’en ai monté un autre pour la scène, plus conventionnelle accompagnée de mes deux musiciens au piano et au violoncelle.
C’est cette dernière version que je suis allée enregistrer en studio, tout du moins que j’ai essayé d’aller enregistrer en studio! Car après plusieurs prises, force a été de constater que ça ne fonctionnait pas. Et puis je me suis souvenue de cette première version et l’ai faite écouter à mon ingénieur de son avec mon téléphone. Stupéfait, il m’a regardé et m’a demandé pourquoi je n’avais pas choisie celle-là qui semblait nettement plus intéressante !
Je suis donc retournée chez nous pour repartir de mon idée originale et aller jusqu’au bout cette fois-ci. Je trouve cette anecdote savoureuse et assez représentative de toute la démarche de l’album Fragments qui a été un processus de réappropriation et de prise de confiance. Au final, je suis très heureuse que ce soit cette chanson, 100% de mon cru, qui soit celle qui vous plaise le plus, pour moi c’est le signe que je dois me faire confiance.
Leela – Quand tu danses : quatrième et dernier extrait avant la sortie de l’album!
Quand tu danses est une chanson que je chante sur scène depuis plusieurs années déjà. Je l’avais composée lorsque j’habitais à Montréal, il y a environ 7 ans, d’où ses ambiances urbaines qui ne sont pas sans me rappeler mon ancienne vie parisienne… A force de la chanter sur scène, elle était devenue comme cristallisée, et même si je savais que sa version folk guitare-voix n’était pas la meilleure, je n’arrivais pas à en à trouver une autre. C’est finalement en studio que la solution est arrivée, avec le batteur PE Beaudoin et la bassiste Cédric Martel qui ont eu l’idée de s’inspirer de la chanson Streets of Philadelphia de Bruce Spingsteen, choisissant sans le savoir une chanson qui avait marqué mon adolescence. Wahoo! C’était tellement réussi ce revirement de situation total, cette nouvelle ambiance si juste, qui collait enfin parfaitement à la chanson, que j’en ai oublié de la réécouter en studio! C’est bien plus tard, lorsque j’ai reçu les mixes, que je me suis aperçue qu’il y avait juste de la batterie, de la basse et de la voix !! L’ambiance était belle, certes, mais la toune était plate !! C’est là qu’ Eric Blanchard a eu l’idée de contacter Vincent Gagnon, chose que j’ai faite. Vincent, avec l’aide de son partenaire de création PE Beaudoin, a conçu à distance, dans son studio personnel, tous les arrangements qui font de la chanson ce qu’elle est aujourd’hui. Par la suite, c’est Gyslain-Luc Lavigne qui la mixée, lui donnant son relief final, avec notamment l’ajout de filtres.
Oiseau de malheur est une des chansons que j’avais pour mandat de réaliser moi-même, en fait en dehors de 2 titres (On a marché et Quand tu danses), je m’étais donnée pour mandat de réaliser l’album au complet moi-même! Alors me voici en studio, parée de mon cahier dans lequel je gratouillais mes idées depuis des semaines, des mois, des années !
J’avais confectionné avec mes musiciens qui m’accompagnent sur scène une version bossa. Arrivée en studio, je la pratique avec eux. On l’enregistre une fois, deux fois, trois fois… Avec violoncelle… Avec contrebasse… Je crois que je préfère quand le violoncelle assure la partie rythmique.
Mon ingénieur de son, qui a environ 30 ans de métier de plus que moi, très professionnel ne dit rien. Il me laisse aller et faire mes propres expériences. Et puis il me fait gentiment écouter. Force est de constater que… C’est doll ! Une petite phrase sort de sa bouche : « Je sais pas pourquoi j’ai un feeling de Rita Mitsouko» sur cette chanson-là (on est très loin de la version bossa cheasy!).» Et cette phrase résonne dans ma tête comme un tsunami : le drummeur, PE Beaudoin, avait dit EXACTEMENT la même chose le matin même! Ca ne doit pas être une coïncidence !
On décide de repartir de mon feeling à moi, mon fun que j’ai de chanter cette chanson seule avec mon violoncelliste. On se fait plusieurs takes de la chanson violoncelle-voix, rien d’autres! Je jubile. Puis PE embarque sur son drum avec son énergie brutale légendaire et Cédric Martel nous sort ses lignes de basse renversantes, avec en prime un solo à vous tordre les boyaux !! La chanson est née!
Et bien, savez-quoi, avec le recul, je suis vraiment fière de m’être permis de réaliser cette chanson, car pour devenir réalisatrice il faut pouvoir avoir la chance de se tromper. Je tiens à remercier mes collaborateurs de m’avoir laissé cet espace pour exister, pour au final me faire vivre un de mes plus beaux moments de studio!
Leela organise des spectacles à Trois-Pistoles et réalise une série de Podcasts!
Leela interroge 5 auteurs-compositeurs-interprètes indépendants aux univers très différents. Après avoir participé à une série de spectacles à Trois-Pistoles, ils dévoilent maintenant leur parcours et leur démarche. Ce projet est rendu possible grâce au soutien de la MRC Les Basques. Pour écouter les Podcasts, c’est ici : Les conversations indépendantes.
Leela – On a marché : Un nouvel extrait pour la rentrée!
Un long périple pour la chanson On a marché qui voit enfin le jour!
L’idée de la chanson m’est venue après une longue marche sur le Mont Royal, il y plus de 6 ans déjà!! Mon partenaire avait sorti quelques riffs de guitare que je m’étais empressée d’enregistrer pour les mettre en boucles dans mon logiciel Live Ableton. Très rapidement, j’ai élaboré une structure et la mélodie et les paroles sont sorties toutes seules. J’ai ensuite chanté la chanson sur scène pendant plusieurs années, au début accompagnée par Emma au violoncelle (nous avons même fait un vidéo live de la chanson en 2017), puis par mes nouveaux musiciens Louis-Solem Pérot et Guillaume Aubertin. Après plusieurs versions démo, faites à la maison, la chanson a finalement été enregistrée en Wild studio, à Saint-Zénon en novembre 2020, sous la direction de Eric Blanchard à la réalisation. Elle a résolument pris une direction pop avec une section rythmique du tonnerre (PE Beaudoin au drum et Cédric Martel à la basse). Pendant la session d’enregistrement Eric a décidé de changer la structure et a fait ajouter une nouvelle partie. J’ai donc retravaillé les paroles après la session, afin de combler cette nouvelle section, et enregistré les voix plus tard chez nous. Enfin, c’est le merveilleux Ghyslain-Luc Lavigne qui a finalement mixé le tout! Comme quoi, tant qu’une chanson n’est pas enregistrée, il n’est jamais trop tard pour la retravailler!